Répression
La répression des opposants en « zone interdite » est exercée à la fois par les Allemands et par les représentants de l’État français. Côté allemand, différentes autorités sont chargées du maintien de l’ordre : le Militärbefehlshaber in Frankreich (MBF) basé à Paris et ses antennes dans les départements (Feldkommandanturen) jusqu’à une échelle locale dans les arrondissements avec les Kreiskommandanturen et la Feldgendarmerie (gendarmerie de campagne). Elles traquent les personnes ayant commis ou suspectées d’actes hostiles envers l’Occupant et les font comparaître devant les tribunaux militaires allemands en France, qui prononcent des peines d’amendes, d’emprisonnement et capitales. À Besançon, cent exécutions de résistants ont eu lieu à la Citadelle Vauban entre avril 1941 et août 1944. Le 16 septembre 1941, Hitler promulgue un décret portant sur « les mouvements terroristes et communistes » en territoires occupés. Estimant la politique répressive insuffisante, il ordonne que 50 à 100 otages soient systématiquement exécutés pour la mort d’un soldat allemand. Ce « code des otages » est mis en place le 28 septembre 1941 sur ordre d’Otto von Stülpnagel, le commandant du MBF d’octobre 1940 à février 1942. L’opinion française a rejeté l’Occupation dès le début, et les civils adoptent des comportements oppositionnels décelables dans certaines photographies. La répression allemande s’accentue à partir de mars 1942 quand Carl Oberg est nommé à la tête de la police allemande de sûreté et de renseignement (Sipo-SD) en France.
A l’échelle de la « zone interdite » du Nord-Est depuis le 1er juin 1942, toutes les affaires liées à la Résistance sont traitées et jugées à Paris par la SS et le Sipo-SD. La répression dans les zones occupées n’a pas visé seulement des résistants. Elle a frappé aussi des groupes jugés racialement inférieurs, comme les Tsiganes et les Juifs, qui sont enfermés dans des camps d’internement. Les Allemands sont secondés dans la répression par la milice française, une organisation paramilitaire créée en janvier 1943 et placée sous la houlette de Joseph Darnand. La milice dépend de Pierre Laval, chef du gouvernement, et a été réclamée par Hitler en décembre 1942 pour aider les Allemands à traquer les Résistants. La milice relève ainsi de la politique de collaboration de l’Etat français. L’intégration de Darnand au gouvernement en charge du maintien de l’ordre en janvier 1944 fait évoluer la dictature qu’est l’Etat français en le rapprochant d’un régime fasciste. La milice a développé des pratiques ultra violentes et procédé à l’arrestation de Juifs qui ont ensuite été déportés. La fin de l’Occupation a donné lieu à une radicalisation des violences en 1944 et une politique de représailles à l’encontre des civils.
Parmi les résistants qui ont été exécutés par les Allemands à Besançon, les jeunes hommes du « groupe Guy Mocquet » sont particulièrement restés dans la mémoire collective. Avant sa création officielle en février 1942, le groupe se nomme d’abord « groupe de Larnod » (du nom du village éponyme dans le Doubs) avant de se choisir un nouveau nom en hommage à Guy Môquet fusillé par les Allemands le 22 octobre 1941. Au début de son activité, le groupe est formé de quelques jeunes hommes des petites communes de Larnod et de Pugey dans le Doubs, qui ont constitué dès juin 1940 un stock d’armes abandonnées par l’armée française le long de la route de Lyon.
Lorsque le groupe commence son activité clandestine en 1941, il s’entraîne au maniement d'explosifs et des armes. Pour cela, il exploite le fort de Pugey dans lequel il fait sauter plusieurs bombes artisanales. Puis, il procède à la fabrication de tracts à partir d’une imprimerie portative. Politiquement, le groupe est sensible à l’appel de de Gaulle du 18 juin 1940 mais se rattache à la gauche résistante car lorsque le groupe prend le nom de « Groupe Guy Mocquet » en février 1942, il s’affilie aux Francs-tireurs et partisans (F.T.P.) créés par le parti communiste.
La première action est menée le 10 septembre 1942, lorsque le groupe fait sauter l’écluse de Rancenay pour ralentir le trafic fluvial du canal Rhône-Rhin. L’explosion perturbe durablement le trafic fluvial sur le Doubs et le succès de l’opération encourage le groupe à mener d’autres opérations. Il compte alors une trentaine de personnes. Au total, le groupe mène 25 opérations durant toute son activité. Ses actions sont assez diverses : ses membres font sauter des voies ferrées, des lignes électriques et des écluses, mènent des attentats contre des points de collaboration comme la librairie allemande située place Saint-Pierre à Besançon, la poste de Quingey ou le bureau du parti populaire franciste de Besançon. Ils tentent de pénétrer deux fois dans le fort militaire de Montfaucon pour voler des explosifs, volent des tickets d’alimentation et s’attaquent à des officiers allemands.
Toutefois, le groupe est traqué par l’Occupant et entre le 1er et le 6 juillet 1943, plusieurs membres du groupe « Guy Mocquet » ainsi que des membres du groupe FTP Marius Vallet sont arrêtés. Ils sont enfermés à la prison de la Butte et jugés entre le 15 et le 18 septembre 1943 par le tribunal militaire de la FK 560. Dix-sept membres sont condamnés à mort et six autres à des peines de prison allant de trois à quinze ans. Finalement, ces derniers sont déportés dans les camps de concentration de Dachau, Buchenwald et Bergen-Belsen et quatre y trouvent la mort. Les condamnés à mort sont fusillés à la Citadelle de Besançon le 26 septembre 1943 : parmi eux, Henri Fertet et Marcel Reddet, tous deux âgés de 17 ans.
- MARCOT François, La résistance dans le Jura. Besançon, éd. Cêtre, 1985
- MARCOT François, Les voix de la Résistance. Tracts et journaux clandestins francs-comtois, 1940-1944, Besançon, éd. Cêtre, 1989
Fausse exécution de George Blind à la citadelle de Belfort
Photo : 13 x 18 cm
BundesArchiv Bild 183-1983-1010-309
Le fusillé souriant, de son véritable nom Georges Blind, est né à Belfort en 1904. Résistant dans le « groupe Ferrand » pendant l’Occupation, il opère de nuit grâce à son laissez-passer pour transporter du matériel et des résistants entre le territoire de Belfort et l’Alsace. Il est arrêté par la Feldgendarmerie le 14 octobre 1944 à Belfort. Jugé entre le 15 et le 23 octobre 1944, Blind subit un simulacre d’exécution dans les fortifications de la ville, immortalisé par ce cliché. Cette torture visait à le faire dénoncer ses camarades.
Le cadrage en plongée met en valeur les Allemands par contraste avec la victime. Cette mise en scène a pour but d’accentuer l’impression de sa faiblesse et de son impuissance face aux Allemands. De plus, le cliché a pour but de décourager les civils de s’opposer aux occupants et d’étouffer la flamme de la Résistance. Interné, Blind est déporté le 24 novembre 1944 à Dachau puis à Auschwitz, où il est assassiné le 28 novembre 1944.
La photographie est pour la première fois publiée dans La Jeune Alsace en mai 1945, accompagnée du poème d’Aragon « Ballade de celui qui chante sous les supplices ». Elle fait la Une du Figaro le 3 juillet 1945 et illustre le martyre des Résistants.
Enfermer en « zone interdite »
Les camps d’internement sont des lieux de la répression administrative. Ils ont été mis en place en France par la Troisième République après la déclaration de guerre à l’Allemagne en septembre 1939 pour enfermer les étrangers ressortissants des pays ennemis. Parmi ces étrangers (allemands, autrichiens) se trouvent des antifascistes et des Juifs ayant fui le nazisme. Mais les populations nomades sont aussi internées durant la « drôle de guerre » car leur mode de vie itinérant est jugé incompatible avec l’état de guerre. En 1940, après l’armistice et la mise en place du régime de Vichy, les camps d’internement servent aussi à enfermer ceux qui étaient considérés comme des ennemis de l’intérieur comme les Juifs.
Les Allemands ont aussi créé des camps d’internement en zone occupée. A partir de 1942 et la mise en place de la Shoah, ces camps ont servi d’antichambre à la déportation des Juifs. En « zone interdite », il existe plusieurs camps d’internement dont deux camps pour les tsiganes à Arc-et-Senans et à Peigney et deux camps pour des opposants politiques à Nancy et à Doullens (Somme) ; s’ajoute le camp de Vittel dans les Vosges pour les Juifs.
- PESCHANSKY Denis, La France des camps. L’internement (1938-1946), Paris, Gallimard, 2002
- RIGAUT Rudy, « La persécution des Juifs en zone réservée », Guerre mondiale et conflits contemporains, 2022/2, N° 286, p. 69-85
Radicalisation de la répression en 1944
Durant les derniers mois de l’Occupation, les Allemands n’hésitent pas à recourir à des représailles collectives lorsqu’ils n’arrivent pas à retrouver les responsables d’actions de Résistance ou qu’ils voulaient sanctionner une aide matérielle ou logistique apportée par des civils aux résistants ou aux Alliés. Ces représailles prennent des formes variées, allant de la prise d’otages, aux destructions de bâtiments jusqu’aux massacres de civils.
Des assassinats de résistants ont été perpétrés en « zone interdite » dans le contexte de la Libération, comme à Offemont où 20 maquisards sont fusillés le 26 septembre 1944 par les Allemands, ou à Banvillars où 27 résistants sont fusillés par la milice le 10 octobre 1944.
La « zone interdite » du Nord-Est se distingue par un nombre élevé de crimes de guerre commis par l’Occupant.
VINCENT Marie-Bénédicte (dir.), Les « zones interdites » sous l'Occupation allemande (1940-1944), Ceyzérieu, Champ Vallon, « Epoque », 2026
Répression par les Kommandanturen et la Feldgendarmerie
Arrestation d’un contrebandier à Albert par des Feldgendarmen, janvier 1941
Photographe : Hermann (PK)
Photo : 13 x 18 cm
BundesArchiv Bild 146-2010-0037
Cette photo est prise le 18 janvier 1941 dans la commune d’Albert dans la Somme, qui fait partie de la « zone interdite », par Ernst Hermann, un membre des Propaganda-Kompanien. Elle constitue le premier volet d’une série de deux photographies montrant une arrestation de contrebandier. Ce petit reportage veut illustrer comment s’exerce la répression allemande en France, où les occupants utilisent des procédures policières et judiciaires pour réprimer toute action illégale et maintenir l’ordre.
L’activité de contrebande se développe en France occupée du fait d’une part du rationnement instauré par l’Etat français pour faire face aux pénuries et aux ponctions allemandes, et d’autre part du découpage en zones par l’Occupant qui interdit les circulations de part et d’autre des lignes de démarcation et interdites. Le marché noir a ainsi fait l’objet d’une répression conjointe de la part des Allemands et de l’Etat français.
La scène se déroule dans une chambre d’hôtel. On peut apercevoir quatre individus. À gauche, au second plan, se tient un homme en manteau sombre, écharpe blanche et cigarette aux lèvres. Il s’agit, selon la légende de la photo, du « cerveau de la bande de contrebandiers ». Au premier plan se trouve une femme bien habillée, qui semble être la maîtresse du truand. À droite de l’image, on aperçoit deux Feldgendarmen. À droite, le sous-officier sort des sacs d'une valise, tandis que son collègue prend scrupuleusement des notes dans son petit carnet. Toujours selon la légende, il s’agit d’une prise intéressante pour les Allemands car l’homme était recherché depuis longtemps.
La composition, le cadrage et la lumière de la photographie illustrent tout le savoir-faire des compagnies de propagande pour mettre en scène ce qui semble être la capture d’une scène de cinéma. Ce document de propagande, en frappant les esprits, vise à mettre en avant l’efficacité des forces d’Occupation.
Interrogatoire par le commandant d’une KK, d’un membre du groupe de contrebandiers d’Albert, janvier 1941
Photographe : Hermann (PK)
Photo : 13 x 18 cm
BundesArchiv Bild 146-1975-022-06A
Cette photographie prise par le même militaire allemand (Hermann) membre d’une compagnie de propagande de la Wehrmacht en janvier 1941 montre l’interrogatoire du contrebandier par le commandant d’une Kreiskommandantur (KK) dans la Somme. La KK est située à l’hôtel de ville d’Albert.
À gauche au premier plan, le Kreiskommandant est assis sur un fauteuil en cuir, tête nue derrière un luxueux bureau de style Louis XV. Il semble lire le rapport des Feldgendarmen. Au centre de la photographie, derrière le bureau, on voit l’accusé en habits de paysan, qui tient son chapeau entre les mains en signe de soumission. À ses pieds se trouve un sac de contrebandier, qui est l’objet du délit. En arrière-plan, se trouvent quatre soldats allemands dont deux Feldgendarmen et deux gendarmes français venant illustrer la collaboration franco-allemande. Enfin, contre le mur à droite se tient la famille de l’accusé.
Cette photographie de propagande véhicule plusieurs messages : démontrer l’efficacité des autorités allemandes dans le maintien de l’ordre en « zone interdite », promouvoir l’entente franco-allemande en matière de répression et par là inciter les Français à la collaboration. De plus, le choix de ce documentaire au sein de la ville d’Albert est symbolique. En effet, il s’agit d'une ville qui avait été prise deux fois par les Allemands lors de la Première Guerre mondiale, et qui est de nouveau occupée à partir de 1940, ce qui signe aussi une revanche.
EISMANN Gaël, Hôtel Majestic. Ordre et sécurité en France occupée (1940-1944), Paris, Tallandier, 2010
Comportements oppositionnels au quotidien
Char allemand circulant rue de Belfort à Besançon, 1942
Photographe : Marie-Louise Charmet
Photo : 6 x 9 cm
Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon 2010.1467.52
Patrouille de 6 soldats rue de Belfort à Besançon, 1942
Photographe : Marie-Louise Charmet
Photo : 6 x 9 cm
Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon 2010.1467.53
Prise en 1942 par Marie-Louise Charmet, ces deux photographies montrent un char d’assaut et une patrouille de six soldats allemands rue de Belfort à Besançon. Ces clichés témoignent de ce que l’Occupation se manifeste très concrètement pour les habitants par la présence de soldats. En 1942, le quotidien est marqué par ce que le préfet René Linarès qualifie de « psychose de l’Occupation », engendrée par une inquiétude liée aux rumeurs d’annexion future ainsi qu’une législation allemande complexe. Les occupants de leur côté s’inquiètent de constater une animosité croissante de la part de la population locale. Les divers rapports indiquent que celle-ci ne croit plus aux promesses allemandes et que son malaise est accentué par le sentiment d’être isolée dans une zone aux règles plus strictes qu’ailleurs.
On aperçoit sur la première photographie en vue plongeante un tank allemand, précisément un modèle tchèque de 38 tonnes, sortant du polygone et circulant dans la rue pavée, un soldat allemand est posté au niveau du canon de l’engin. Deux hommes se distinguent au premier plan, marchant le long du trottoir.
Le second cliché, très similaire, offre ce même point de vue, scrutant cette fois-ci une patrouille de six soldats allemands marchant au pas. Sur la droite de l’image, une mère devancée par ce qui semble être son enfant dirige une poussette sur le trottoir d’en face. Une certaine tension y est perceptible : la photographe n’a évidemment pas le droit de saisir ces images, l’ennemi est ainsi pris dos, capturé à son insu. Un véritable risque est pris en se postant à la fenêtre pour prendre la photo, qui pourrait être interprétée comme de l’espionnage.
Quel est le contexte de ces photographies ?
Prises en 1942 par Marie-Louise Charmet, ces photographies montrent un char d'assaut et une patrouille de six soldats allemands rue de Belfort à Besançon. La ville est alors occupée depuis juin 1940, et l'occupation allemande se manifeste très concrètement par la présence des troupes d'occupation dans les rues et certains bâtiments réquisitionnés.
On ne connaît pas très bien le parcours de Marie-Louise Charmet. Originaire de Franche-Comté, il semblerait qu'elle soit, au moment de l'Occupation, secrétaire à la direction régionale des douanes. Elle est domiciliée à Besançon au 5 rue de la Rotonde. Ce n'est pas une photographe professionnelle, elle produit des photographies pour se créer des souvenirs.
On perçoit sur la première photographie en vue plongeante un tank allemand, précisément un modèle tchèque de 38 tonnes, sortant du polygone et circulant dans la rue pavée. Un soldat allemand est posté au niveau du canon de l'engin. Deux hommes se distinguent également au premier plan, marchant le long du trottoir.
Le second cliché, très similaire, offre ce même point de vue, scrutant cette fois-ci une patrouille de six soldats allemands marchant au pas. Sur la droite de l'image, une mère, devancée par ce qui semble être son enfant, dirige une poussette sur le trottoir d'en face. Une certaine tension y est perceptible. La photographe n'a évidemment pas le droit de saisir ces images. L'ennemi est ainsi pris de dos, capturé à son insu.
La capitale bisontine est alors le siège de la Feldkommandantur 560, qui dépend de l'appareil militaire d'occupation basé à Paris, le MBF. Le quotidien des habitants est marqué par ce que le préfet du Doubs, René Linarès, qualifie en 1942 dans plusieurs rapports envoyés à la délégation générale du gouvernement français dans les territoires occupés de « psychose de l’Occupation », suscitée par une inquiétude liée aux rumeurs d'annexion future, par une législation complexe et par la répression. De leur côté, les forces d'occupation s'inquiètent de constater une animosité croissante des bisontins. Les divers rapports indiquent que la population, qui a pu avoir peur en 1940-1941 et en proie au sentiment d'être isolée dans une zone aux règles plus strictes qu'ailleurs, ne cache plus son hostilité aux occupants.
Que peut-on dire aujourd'hui à propos de ces photographies ?
Un véritable risque est pris en se postant à la fenêtre pour prendre ces photos et pour documenter la présence militaire allemande. Il est ainsi possible de parler d'acte oppositionnel.
La fonction première de ces photographies est d'abord de conserver la preuve d'une présence ennemie au plus proche des habitants. Ces clichés révèlent de plus les limites du discours de propagande développé par l'Allemagne, soulignant l'attitude correcte des soldats allemands. Face à l'image d'un respect du pays vaincu, ces simples clichés de Marie-Louise Charmet attestent d'une occupation bien plus stricte et répressive. L'image de l'occupant restituée par la photographe est d'abord celle du maintien de l'ordre, qui s'impose concrètement par une force militaire quotidienne. Ces images peuvent interroger sur le sens de ces patrouilles. Les photographies de Marie-Louise Charmet montrent premièrement la banalité de l'occupation. Les passants incarnent l'habitude de voir les forces allemandes dans les rues de la ville. Rien dans l'attitude des riverains ne trahit une quelconque exception de l'événement, ce qui témoigne de la régularité des passages.
Deuxièmement, si l'armée allemande est si présente, c'est pour intimider et décourager une attitude d'hostilité, voire d'opposition de la part de la population. La surveillance s'organise car l'occupant en 1942 craint la multiplication des attentats..
Photographier est véritablement un acte oppositionnel. La fonction première de ces clichés est de conserver la preuve d’une présence ennemie au plus proche du domicile. Au-delà et sur le plan symbolique, en adoptant une vue plongeante sur les forces armées, Marie-Louise Charmet se place au-dessus des forces d’Occupation, bravant les interdits de la zone conquise pour vaincre la pression armée.
Ces clichés révèlent ainsi les limites du discours de propagande de l’Allemagne, diffusant l’image de soldats allemands « corrects » voire « amis », qui seraient accueillis à bras ouverts sur le territoire français. Ces simples clichés de Marie-Louise Charmet attestent d’une Occupation bien plus stricte et armée au quotidien en réalité. La banalité des patrouilles régulières conduit à s’interroger sur leur objectif. Si l’armée allemande est si présente et visible à Besançon, c’est parce que la menace est devenue palpable. En 1942, la surveillance allemande se renforce dans un contexte d’opposition des civils et de développement des groupes de Résistance.