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Du jade pour les dieux dans la revue Trabajos de prehistoria

La revue Trabajos de Prehistoria, dans son numéro de juillet publie un compte rendu, rédigé par Nuria Castañeda Clemente, docteur en archéologie et études préhistoriques à l'Universidad Autónoma de Madrid, sur l'ouvrage Du Jade pour les dieux, paru dans la collection des cahiers de la MSHE sous la direction de Pierre et Anne-MArie Pétrequin.

Lire le compte rendu en espagnol de Nuria Castañeda Clemente dans le volume 83, n° 1, juillet 2026 de Trabajos de Prehistoria.

Plus d'information sur Du Jade pour les dieux. Un système religieux de l’Europe néolithique, ve et ive millénaires av. J.-C. Tomes 5 et 6.
Traduction anglaise par Alison Sheridan, Jade for the Gods. A Religious System in Neolithic Europe, 5th and 4th Millennia BC. Volumes 5 and 6 

Traduction du compte rendu

Je pense ne pas me tromper en affirmant que ces deux volumes retracent toute une (deux) vies consacrées à la recherche, incarnées par Pierre et Anne-Marie Pétrequin. Il s’agit du point d’orgue, de la cerise sur le gâteau de la collection consacrée au projet JADE, dont le premier volume est paru en 2012. Comme l’expliquent P. et A. M. Pétrequin, après 27 ans de recherche, le volume 5 est un recueil interprétatif qui rassemble tous les aspects pouvant être abordés concernant les haches (au sens large, y compris les herminettes et autres objets fabriqués à partir de roches de jadéite et similaires) polies en jade, tandis que le volume 6 est un catalogue exhaustif de pièces classées par typologie et par zone géographique. Le volume 5 comprend en outre un historique des étapes les plus importantes du projet JADE.

Comme dans les autres volumes de la collection, le soin et l’intérêt apportés à la réalisation d’une édition d’excellence se manifestent tant dans le format que dans la qualité du papier, dans l’édition bilingue français-anglais et, surtout, dans l’importance accordée aux illustrations - avec plus de 272 figures (rien que dans le tome 5) qui occupent pratiquement toutes les pages paires de l’édition -, ce qui constitue une valeur ajoutée au contenu excellent et à la marque de fabrique de P. et A. M. Pétrequin. Un autre atout de cette édition réside dans le format des citations dans le texte, présentées sous forme de notes de bas de page numérotées, ce qui facilite la lecture d’un ouvrage de cette nature qui, comme le souhaitent P. et A. M. Pétrequin, s’adresse à un public spécialisé ainsi qu’aux "curieux et érudits" désireux de le lire. Le style narratif contribue en outre à rendre accessibles à un public plus large des données issues de l’expérimentation, de l’ethnographie et de la pétrologie, sans pour autant constituer un texte technique ou aride.

Le fil conducteur de ce recueil scientifique consacré aux objets en jadéite des Alpes réside dans l’intégration des différents points de vue ou axes de recherche - typologie, technologie, pétrologie, fonctionnalité, ethnographie - aux systèmes de croyances des sociétés qui les utilisaient. Tout cela s'appuie, bien sûr, sur l'expérience et les travaux exhaustifs et remarquables des auteurs dans différents contextes ethnographiques (Pétrequin et al., 1993 ; Pétrequin, 1984) et archéologiques (par exemple, Pétrequin et Pétrequin, 1988), qui ont apporté une contribution indispensable à la recherche sur de nombreux aspects du Néolithique.

Le volume 5 est divisé en 20 chapitres, que l'on peut consulter dans la présentation de l'ouvrage sur le site web de la maison d'édition. Il retrace un parcours allant de la genèse du projet JADE jusqu'aux synthèses interprétatives. Les premiers chapitres se concentrent sur les raisons qui ont motivé l'étude de ces objets emblématiques – qui sont bien plus qu'un simple outil fonctionnel –, sur leur raison d'être et sur le choix des matières premières utilisées pour leur fabrication.

Par la suite, l’ouvrage suit un parcours chronologique non strict, dans lequel aucun thème n’est laissé au hasard et où les différents éléments s’entremêlent : les sites d’extraction du jade en Europe (principalement dans les Alpes), les méthodes d’obtention des supports, leur fabrication, la circulation de ces objets, l’expansion de leur utilisation jusqu’à "la fin de l’Europe du jade". Ce volet central s’attarde sur les procédés techniques de production, le statut social des artisans et la dimension fonctionnelle et symbolique de ces pièces, dans un dialogue constant avec les parallèles ethnographiques apportés par les travaux de P. et A. M. Pétrequin en Irian Jaya (Indonésie). Compte tenu de la distance géographique et temporelle, voire de la complexité et de la diversité des organisations politiques néolithiques européennes (par ex., Thirault, 2005), ces parallèles sont très précieux sur le plan technique, mais ils apportent également une dimension symbolique qui n’est pas toujours prise en compte dans le cas d’un outil tel que la hache et qui existerait sans aucun doute lorsque l’on constate la sélection de certaines matières premières ou lorsque ces haches apparaissent représentées sur des orthostates mégalithiques.

Les derniers chapitres transcendent l'aspect matériel pour explorer la dimension religieuse, en réinterprétant les haches comme des symboles fondamentaux d'un système de croyances qui, pendant plusieurs siècles et sur des milliers de kilomètres, articulait le pouvoir politique, les pratiques rituelles et la vision du monde partagée par des communautés éloignées. Ce système idéologique proposé, représenté par les haches en jadéite et les pierres de couleur verte en général, s'appuie parfaitement, d'une part, sur la valeur allant au-delà de l'aspect fonctionnel des matières rares, des objets polis ou de la couleur verte elle-même, ainsi que sur la complexité des systèmes de croyances du Néolithique européen et, d'autre part, sur la circulation à longue distance de ces objets.

À la fin du volume 5 figure une annexe contenant des cartes de répartition des haches en jade alpin en Europe occidentale, classées par typologie, ce qui n’est pas négligeable ; si l’on pouvait y apporter une amélioration, ce serait peut-être d’y ajouter les sources de matière première, afin d’évaluer, outre la répartition, la concentration autour des affleurements. Le volume 6, quant à lui, complète ce dispositif par un inventaire systématique de 1 623 pièces, avec leur localisation, leur provenance, leur analyse, leurs dimensions et leur bibliographie, ce qui en fait un outil documentaire indispensable. Enfin, un errata concernant la page 196, figure 120, a été publié et est disponible sur academia.edu.

En définitive, Du jade pour les dieux / Jade for the Gods marque non seulement la conclusion d’un projet éditorial, mais aussi l’aboutissement d’un parcours intellectuel qui a redéfini l’étude des interactions sociales, techniques et symboliques au Néolithique européen. Cet ouvrage se distingue par l’énorme quantité de données rassemblées pendant près de trois décennies et, surtout, par la cohérence interprétative avec laquelle P. et A. M. Pétrequin parviennent à relier la matérialité des haches de jade aux systèmes de croyances qui en ont fait des biens de prestige et des objets de culte. Tous ces facteurs, associés à une édition très soignée et à la clarté de l’exposé, font de ces deux volumes un ouvrage de référence incontournable tant pour les spécialistes que pour toute personne s’intéressant aux dynamiques de longue durée de la préhistoire européenne. Avec cet ouvrage de clôture, Pierre et Anne-Marie Pétrequin laissent un héritage qui marquera sans aucun doute les futures recherches sur le Néolithique.