TRAVERSES - Travaux de recherche sur les violences envers les femmes : regards psychologiques, historiques, sociologiques, cliniques, philosophiques et juridiques

Responsable du projet de recherche

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser., Laboratoire de psychologie

Ce projet rassemble des chercheurs et cliniciens issus de plusieurs disciplines – psychologie, philosophie, droit, sociologie, médecine légale, histoire – dont les travaux contribuent à éclairer sous des angles complémentaires et pluridisciplinaires, la thématique des violences conjugales envers les femmes. La richesse de ces approches croisées augmente la profondeur des réflexions et la pertinence scientifique de l’ouvrage. La publication de cet ouvrage s’inscrit dans la continuité d’une journée d’étude organisée par Justine Césari et Rose-Angélique Belot le 18 octobre 2024, à la MSHE. Cette journée a été soutenue par l'AAP jeunes chercheuses/chercheurs de la Fédération des MSH de Bourgogne Franche-Comté.

Ce projet d’ouvrage collectif est issu de la journée d’étude intitulée "Traces du passé, regards du présent sur les violences envers les femmes", organisée par Rose-Aangélique Belot et Justine Cesari, au sein du Laboratoire de psychologie de l’Université Marie et Louis Pasteur qui a eu lieu le 18 octobre 2024, à la MSHE. Les éditions « in press » ont déjà donné leur accord. Cet ouvrage vise à approfondir la compréhension du phénomène complexe des violences envers les femmes (violences conjugales principalement) à travers une approche résolument interdisciplinaire, croisant les apports de la psychologie clinique, de la philosophie, de la sociologie, du droit, et de l’histoire.

En France, les études montrent qu’environ 220 000 femmes sont victimes de violences chaque année et qu’une femme décède dans un contexte de meurtre conjugal tous les 2,5 jours (ONVF, 2022). Dans ces situations, certains liens conjugaux se transforment en liens de terreur, de haine et de souffrance. Ils favorisent alors le développement d’importants dysfonctionnements psycho-affectifs et de maladies somatiques graves (Saldier et al., 2020 ; Salmona, 2020), et peuvent également revêtir d’importantes répercussions sur les enfants qui y assistent et en sont parfois victimes (Derivois, 2017 ; Renauld et al., 2023).

La violence conjugale envers les femmes, tout comme le féminicide, sont des phénomènes qui ont existé avant même qu’un mot ne les caractérisent (Bodiou, 2019). Dans l’Antiquité déjà, nombreux sont les récits qui décrivent des faits que nous considérons aujourd’hui comme des violences conjugales (Bodiou, 2015), et les travaux des historiens montrent que cette réalité concerne toutes les périodes de l’histoire (Chauvaud, 2018). Pourtant, même s’ils sont davantage étudiés, interrogés et éclairés aujourd’hui, leur ampleur est alarmante (Salmona, 2020), de même que les inégalités de genre (Jouvet, 2018 ; Lelaurain et al., 2021) qui accroit, sur le plan sociétal, le phénomène de "consentement meurtrier" tel que le nomme le philosophe Marc Crépon dans son ouvrage éponyme (Crépon, 2012), atténue et entrave la prise en compte de ces violences.

Dans le monde, une femme est tuée toutes les onze minutes par un conjoint ou ex-conjoint (ONUDC, 2021). Une meilleure prévention et des prises en charge adaptées de ces violences sont prioritaires (Cesari et al., 2022, 2023, 2024, 2025). Sans prise en charge et travail d’élaboration psychique, ces violences se cristallisent dans la psyché individuelle, mais aussi dans les dynamiques intrafamiliales, pouvant conduire à des phénomènes circulaires de répétition inter et transgénérationnelle des vécus traumatiques (Bernard et al., 2022 ; Cesari et al., 2022, 2023 ; De Tychey, Naïmi et al., 2022). C’est alors que peut se mettre en place, chez la victime, une dynamique psychique paradoxale de subjectivation par assujettissement (Crépon, 2012), point central de l’emprise.

Le croisement de ces différents regards montre que, si les facteurs intrapsychiques jouent un rôle central dans la trajectoire de vie des femmes victimes de violences, ils ne suffisent pas à en rendre compte de la complexité des processus en présence. L’analyse des dimensions psychiques, relationnelles, sociales, familiales y compris groupales, juridiques et sociétales permet d’aborder la violence conjugale comme un processus dynamique, inscrit à la fois dans l’histoire intime des sujets et dans un tissu collectif et culturel plus large.

L’ouvrage ambitionne ainsi d’identifier les schémas récurrents et mettre en lumière les conditions sociales, sociétales, juridiques et psychiques qui favorisent la répétition de la violence ou, au contraire, la possibilité de dégagement (Bibring, 1943). Au cours de la journée d’étude, le croisement de ces différents regards a pu montré que, si les facteurs intrapsychiques jouent un rôle essentiel dans la trajectoire de vie d’une personne, ils ne suffisent pas, à eux seuls, à offrir une compréhension globale et nuancée de la violence conjugale envers les femmes. La complexité de ce phénomène requiert en effet une approche qui tienne compte à la fois des dimensions psychiques, philosophiques, sociales, culturelles, juridiques, médicales et historiques. C’est pourquoi ce projet accorde une place centrale à la transversalité disciplinaire : il articule la clinique du traumatisme et de la subjectivité avec les apports du droit, de la philosophie, de la sociologie, de l’histoire, de la médecine légale.

Équipe de recherche

  • BELOT Rose-Angélique Belot, PU, Laboratoire de psychologie, Besançon
  • Justine Césari, docteure en psychologie clinique, Laboratoire de psychologie, Besançon