AHEAD - À Hauteur d’Enfants et d’adolescents : littérature, cinéma et philosophie
Par leur puissance d’évocation et de diffusion, le cinéma et la littérature sont tout autant un vecteur des idéologies de l’éducation dominantes qu’un moyen de les interroger. Certaines œuvres explorent "L’enfance sans mythes" (Bazin, 1952) et offrent un point de vue critique, "à hauteur d’enfant" (Sciamma, 2021), sur la mythologie propre au "sentiment de l’enfance" (Ariès, 1960) ou aux "idéologies de l’enfance" (Moreau, 1978). On peut donc tirer parti de leur puissance pour renouveler le rapport des professionnels à l’enfant et au monde qu'il s’agit de construire ensemble, dans et hors de l’école.
Notre projet articulera des analyses de ces œuvres avec des pratiques professionnelles demandeuses d'une approche de l’enfance qui à la fois la pose comme directement aux prises avec le monde social adulte, tout en exigeant la prise en compte de formes de subjectivité différentes de celles des adultes.
Nombre de travaux ont étudié comment le cinéma et la littérature ont structuré notre imaginaire et nos représentations de l’enfance (Enfance et cinéma, 2017 ; Boutin, 2018). D’autres approches, pédagogiques, mettent en place une nécessaire éducation cinématographique (H. Joubert-Laurencin, 2022, et l’association "Enfants de cinéma"), tandis que la question travaille la littérature depuis le XVIIIe siècle (les autrices Lambert, de Genlis, Leprince de Beaumont, Charrière, d’Épinay).
Il existe cependant une tradition minoritaire qui engage une critique de la mythologie propre au "sentiment de l’enfance" (Ariès, 1960) ou aux "idéologies de l’enfance" (Moreau, 1978). Ouverte dès la fin du XVIIIe siècle en littérature et en philosophie (Audidière, 2024), et dans les années 1930 au cinéma (Zéro de conduite, Jean Vigo), elle cherche comment l’enfance nous regarde tandis qu’elle se regarde grandir, plutôt que nous ne la regardons, comme dans le néoréalisme italien, chez Truffaut (Deleuze, 1985), et jusqu’au cinéma et séries contemporains (Desbarats, 2022, Daney).
Pour sa part, notre projet vise, à partir de l’analyse de la puissance expérimentale de ces œuvres, à enrichir les professionnalités de l’enfance. Il s’agit de trouver des ressources pour réaliser concrètement des liens avec l’enfance qui d’un côté les mettent réellement et directement aux prises avec les adultes et leur monde social (inégalités, cultures), leurs hiérarchies (scolaires, morales, comportementales), mais qui d’un autre côté reconnaissent sans les partager des formes de subjectivité différentes de celles des adultes (Jeux interdits, Los olvidados, Allemagne année zéro, Les dernières vacances, L’oppoponax).
Peut-on repérer des typologies des formes de la singularité enfantine ? Comment ces formes jouent-elles avec d’autres figures, individuelles ou collectives, mises en variation dans l’expérience enfantine du monde (l’idiot, le rebelle, le dissident, le sauvage, le délinquant, la bande, la fratrie, le fantôme, etc.) ? Comment pouvons-nous renouveler nos arts de faire professionnels en y intégrant les arts du temps et de la durée que sont les démarches artistiques en question ? En particulier, en tenant compte de leur façon d’investir ce mode d’existence qui prend tout "au sérieux" et qui manifeste une singularité inintégrable, dans son rapport aux institutions d’éducation et de formation ?
Équipe de recherche
- Sophie Audidière, MCF HDR, Logiques de l'Agir, Besançon
- Rémy Boiston, doctorant, Logiques de l’Agir, Besançon
- Vincent Bourdeau, MCF HDR, Logiques de l’Agir, Besançon
- Adrienne Boutang, MCF, CRIT, Besançon
- Antoine Janvier, professeur associé, Cité Université de Liège, Liège
- Noëlle Delbrassine, doctorante Cité Université de Liège, Liège
- Julien Pasteur, MCF, Logiques de l’Agir INSPE, Besançon
- Michaël Pouteyo, chercheur associé, IHRIM Ens-Lyon, Lyon
- Lucas Profillet, MCF, C3S INSPE, Besançon