Expérimentations des mécanismes cognitifs derrière les faux souvenirs

une participante dans un box d'expérimentation

Le parc instrumental ESCCo apporte un soutien logistique au travail de thèse de Chloé Lépée, doctorante au laboratoire de psychologie. Chloé, dont la thèse s’intitule « comprendre la dynamique derrière la construction des faux souvenirs » (1), explore les processus cognitifs qui sous-tendent les faux souvenirs à travers 6 expériences. 

Actuellement, elle utilise notamment le logiciel Psychopy sur les PC qui équipent les box d’expérimentation ESCCo. Cela lui permet de faire passer plusieurs volontaires à la fois et ainsi atteindre plus rapidement l’objectif de 80 participants pour cette expérience. Quatre expérimentations ont déjà été menées pour un total de 289 sujets, des étudiants et étudiantes volontaires.

Présentation de son travail de thèse par Chloé Lépée

De nombreux travaux ont jusqu’à présent montré la faillibilité de nos souvenirs et plus précisément la tendance de notre système cognitif à produire des souvenirs s’éloignant parfois de la réalité objective de ce qui a été vécu. Ce phénomène couramment appelé faux souvenirs, a fait l’objet de très nombreuses études ces dernières années ayant conduit au développement de différents protocoles expérimentaux permettant de l'étudier en laboratoire.

Les recherches sur la production de faux souvenir se divise en trois champs principaux. Le premier s'intéresse aux souvenirs autobiographiques. Ces travaux s'appuient en grande majorité sur le paradigme de désinformation qui permet par la confrontation à des informations trompeuses a posteriori de modifier le souvenir d'un évènement passé (e.g. Loftus, Miller & Burns, 1978). Le second porte davantage sur des souvenirs faisant appel à la mémoire sémantique. Ces travaux ont principalement recours au paradigme DRM – du nom de ses concepteurs : Deese Roediger McDermott – qui permet d'induire le rappel erroné de mots sémantiquement liés à des listes de mots préalablement présentées (Deese, 1959 ; Roediger & McDermott, 1995). Enfin, le dernier champ de recherche s'appuie sur le phénomène d'extension des limites, qui se caractérise par une tendance à extrapoler la structure spatiale environnante d'une scène préalablement perçue (Intraub & Richardson, 1989), pour mettre en évidence des faux souvenirs affectant la mémoire visuospatiale.

Ces trois domaines ayant jusqu'à présent été étudiés de manière quasi-indépendante, l'objectif de cette action de recherche est de définir s’ils sont sous-tendus ou non par des processus cognitifs communs.

Jusqu’à présent quatre études expérimentales ont été mené de manière conjointes avec la plateforme ESCCo et la plateforme P2AC rattachée à l’université d’Angers. Elles ont permis de montrer que les faux souvenirs résultant de ces différents paradigmes expérimentaux semblent relever de phénomènes relativement indépendants, notamment en raison de la pluralité des mécanismes qui les sous-tendent.

Deux nouvelles expériences ont débuté sur la plateforme ESCCo en novembre 2025 et se poursuivent en 2026. Elles ont pour objectif de mieux comprendre le fait de se souvenir d’images qui n’ont en réalité jamais été perçues. Elles s’appuient sur un phénomène appelé l’extension des limites, qui correspond à la tendance naturelle à se rappeler une image avec un cadre plus large que celui présenté initialement. En comparant les mécanismes impliqués dans les souvenirs corrects et les faux souvenirs, ces études cherchent à mieux comprendre comment les informations visuelles sont organisées et stockées en mémoire.

(1) Sous la direction de André Didierjean, professeur de psychologie à l’UMLP et Emmanuelle Menetrier, maitresse de conférences à l’université d’Angers.