Pôle 5 : Santé, vulnérabilité et soin : le cas des urgences hospitalières

Responsables : Dominique JACQUES-JOUVENOT, Catherine PHILIPPE

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Ce projet de recherche, qui bénéficie du soutien de la Région de Franche-Comté, résulte de la demande d'expertise sociologique, d'un urgentiste du CHU de Besançon, auprès des sociologues de l'Université de Franche Comté. Cette expertise portait sur la mise en place d'une évaluation de la prescription médicamenteuse par les médecins libéraux travaillant aux urgences en direction des patients appelant les urgences. Les débats entre médecins urgentistes et sociologues sur cette première enquête a vite mis en évidence l'intérêt d'un travail plus vaste sur la question des urgences, ainsi que les aspects juridiques imprécis de l'accueil téléphonique d'urgence. Comme par ailleurs, sociologues et juristes de l'UFC travaillaient à l'élaboration d'une collaboration scientifique sur la question de la vulnérabilité, il est rapidement apparu des aspects convergents des deux recherches en cours.

Le groupe de travail pluridisciplinaire réunissant médecins urgentistes, juristes et sociologues, étudiera au plan quantitatif et qualitatif les formes de vulnérabilité des appelants et des professionnels dans les centres de régulation lors des appels d'urgence au « 15 », dans un contexte d'augmentation des appels, pénurie de moyens et surtravail des professionnels. Les Permanenciers Auxiliaires de Régulation Médicale (PARM) sont les premiers à réceptionner et accueillir les appels et se trouvent à l'interface appelants/médecins. Leur situation professionnelle, dont les qualifications et compétences sont mal définies, et leur travail concret, seront plus particulièrement étudiés. Les ressources et compétences qu'ils doivent mobiliser pour permettre les réponses les mieux adaptées aux situations d'urgence vécues par les appelants feront l'objet d'une étude comparative entre le centre de Besançon et celui de Dijon. Un des objectif sera également de cerner la vulnérabilité en terme de droit pénal.

La question de la vulnérabilité intéressait les chercheurs, chacun dans leur discipline et de façon commune appliquée à l'objet « urgences médicales ». Les travaux de réflexion commune qui ont été conduits pendant une année ont donné lieu à deux aspects essentiels de l'analyse de la vulnérabilité :

Vulnérabilité des appelants :
La situation de l'appel aux urgences est une situation que nous devons considérer comme extraordinaire dans le sens où ce n'est pas une action quotidienne. Aucun d'entre nous n'appelle pas les urgences tous les jours. Par ailleurs cet appel extraordinaire touche à une réalité souvent difficile, angoissante, indéterminée .... Souvent l'appelant n'est pas la personne concernée mais une amie, parente, voisine etc... ce qui rend la communication entre les appelants et les professionnels tout à fait spécifique et donc intéressante à étudier. Que se passe t-il du point de vue de la communication entre appelants et répondants ? Quel ajustement réciproque se met en place dans l'appel conduisant à une prise de décision ? Il s'agit de prendre ensemble une décision pour aboutir à un accord sur la situation et son traitement. Quelle place ici pour la notion de consentement Quelle est la responsabilité des répondants engagés dans cet appel ?

Vulnérabilité des professionnels au travail :
Si la vulnérabilité pose problème aux populations d'usagers, elle interroge le sociologue à partir d'un regard porté sur les professionnels accueillants. Pour l'instant : médecins urgentistes et généralistes mais surtout permanenciers.
Cette dernière population de professionnels est peu connue du point de vue de la sociologie des professions pour une raison assez simple : ils n'existent pas encore comme profession reconnue. Les permanenciers sont en effet recrutés par des responsables de services d'urgence et les compétences spécifiques attachées à l'exercice de cette tâche ne sont pas clairement définies. On peut supposer que la psychologie entendue dans le sens commun du terme est fondamentale dans les compétences à avoir pour exercer ce métier ( répondre aux appels des usagers et redistribuer ces appels (réguler) en direction des professionnels (urgentistes et médecins libéraux) selon l'appréciation que les permanenciers font de l'urgence en question.

Ces personnels sont donc intéressants à plus d'un titre :
Quelles sont les compétences qui leur sont demandées ?
Quelles sont les ressources sur lesquelles ils s'appuient pour exercer leur travail ?
Comment jugent-ils des compétences des autres professionnels pour réguler ?
La vulnérabilité au travail renvoie donc ici : d'une part au travail en urgences (qui produit des situations d'altercation, de dispute, de malentendus ...) mais aussi de difficultés pour les professionnels à se projeter dans un travail qu'ils n'ont pas forcément anticipé et pour lequel les compétences sociales apparaissent plus importantes que les compétences techniques.

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