Vers une histoire totale en 3D

actu 20200211 Acquisitions TTM 1Tous les belfortains connaissent Techn’hom, ce parc d’activité économique de plus de 100 hectares installé à proximité du centre de la ville. Mais connaissent-ils son histoire et l’histoire des sites industriels qui l’ont précédé ? Retracer les évolutions urbanistique, architecturale, technique, démographique et sociale de ce quartier est l’objectif de l’action « Techn’hom time machine » (TTM) portée par Marina Gasnier (1) à la MSHE Ledoux. Il s’agit de les retracer et d’en rendre compte à travers une reconstitution numérique spatio-temporelle en 3D. L’action TTM se situe résolument dans le domaine des humanités numériques.
Pour commencer, Marina Gasnier a choisi le site de l’ancienne filature DMC – entreprise implantée en 1879 et en activité à Belfort jusqu’en 1960, avant d’être vendue à la compagnie BULL. Une équipe de chercheuses et ingénieur (2) a entrepris en janvier 2020 les premières acquisitions numériques à l’aide d’un scanner 3D (3). Celles-ci ont été effectuées au premier étage de l’ancien atelier de retordage datant de 1928, actuellement inoccupé et relativement inchangé depuis le départ des dernières entreprises au début des années 2000. « Nous avons pris 84 scans couleur pour avoir la totalité du bâti intérieur – explique Emmanuel Hamon, ingénieur d’études contractuel à la plateforme SHERPA – chaque scan devant recouvrir avec précision une petite partie du scan précédent, et cette précision s’évalue en millimètre. En moyenne dans nos acquisitions, elle se joue à 4 millimètres près. » L’étape suivante est de « nettoyer » les scans des éléments actuels qui n’existaient pas par le passé. Cela afin de retrouver les états successifs du bâtiment. « Par exemple, les bureaux datent de la dernière période – poursuit Emmanuel Hamon. Je prépare donc une version dans laquelle sont supprimés bureaux et autres objets qui ne se trouvaient pas dans le bâtiment à l’époque de la filature. Ensuite d’autres versions les réintégreront. » Pour connaître les différents aspects pris par le bâtiment au cours de son histoire, Marina Gasnier s’appuie sur les archives mais aussi des témoignages oraux.
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Une fois l’usine intérieure numériquement reconstituée, il s’agira de reconstruire virtuellement son occupation. Florent Bogacz, étudiant en informatique à l’UTBM, a déjà modélisé en 3D une machine utilisée dans la filature DMC des années 30. Enfin, pour terminer le bâtiment, il reste à en numériser l’extérieur. Pour se faire, Emmanuel Hamon projette de combiner deux techniques complémentaires : le scanner 3D déjà utilisé pour l’intérieur et la photogrammétrie prise à l’aide d’un drone (4) survolant le bâtiment. Cette dernière sera notamment utile pour atteindre des zones plus difficilement accessibles au scanner 3D comme le toit.actu 20200211 Acquisitions TTM 4
Pour documenter plus encore le site choisi, l’équipe recourt à un panel d’outils. En premier lieu, parallèlement à la modélisation de l’usine, Emmanuel Hamon développe un SIG (système d’information géographique) de la zone industrielle et urbanistique, comprenant usine et quartiers ouvriers alentour. Le SIG intègre des plans anciens positionnés en couches successives à partir d’une photo aérienne récente. Une vingtaine de plans issus des archives municipales et départementales sont déjà rassemblés, allant de 1923 à 1949. D’autres issus de la bibliothèque nationale de France seront ajoutés, le plus ancien datant de 1791. Le SIG permettra ainsi aux chercheurs d’avoir une connaissance géographique du site bien avant l’implantation industrielle et ensuite de son évolution. En second lieu, Emmanuel Hamon élabore un modèle 3D du site à l’aide de clichés aériens de l’IGN (5). Il a sélectionné trois séries de photos dont l’emprise est similaire : 1924, 1950 et 1970. Chaque campagne est ensuite intégrée à un logiciel de photogrammétrie, les clichés positionnés pixel à pixel permettant ainsi de visualiser la profondeur des bâtiments. Même si les photos anciennes ne sont pas toujours de qualité suffisante pour obtenir une grande précision et un rendu très net, cela donne à voir le site aux différentes époques. 
Avec son action TTM, Marina Gasnier vise ainsi à expérimenter de nouvelles façons de produire la connaissance, à partir de l’exploitation d’archives, enquêtes de terrain, témoignages et du recours à l’informatique. Il s’agit également de valoriser le patrimoine industriel et technique, par exemple auprès du grand public. Les réflexions sont actuellement en cours pour rendre accessibles sur internet les outils développés.

(1) Marina Gasnier est professeur d’histoire des techniques au laboratoire FEMTO-ST/RECITS (UMR 6174), UTBM.
(2) Marina Gasnier, Emmanuel Hamon et Laure Nuninger. Ce travail s’inscrit également dans l’opération 4 de l’action ORTEP Revitalisation placée sous la co-responsabilité de Laure Nuninger et Matthieu Thivet. Emmanuel Hamon est recruté sur la subvention accordée par la Région Bourgogne-Franche-Comté au projet ORTEP.
(3) Il s’agit du scanner 3D Faro Focus S150, récemment acquis par la plateforme SHERPA. Lire « Nouveau scanner 3D à la plateforme technologique SHERPA ». Le scanner a été fiancé par des crédits de la Région Bourgogne-Franche-Comté.
(4) La plateforme technologique SHERPA possède deux drones destinés aux acquisitions aéroportées : OnyxStar et Dji Phantom 4. Retrouver tous les matériels d’acquisition aéroportée.
(5) Portail IGN « Remonter le temps »

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