Régis Boulat, en délégation CNRS avec un projet sur la désindustrialisation

actu20190924 Delegation CNRS R BoulatRégis Boulat, maître de conférences en histoire économique contemporaine à l’université de Haute-Alsace et membre du laboratoire CRESAT (1) est accueilli en délégation CNRS à la MSHE Ledoux pour une durée d’un an à compter du 1er septembre 2019. Le projet auquel il se consacrera a trait aux logiques de la désindustrialisation du territoire haut-rhinois entre 1930 et 1980. Rencontre avec le chercheur.

La désindustrialisation touche-t-elle fortement la France ?
Régis Boulat : Le 22 juin 2019, près de 5 000 personnes ont défilé dans les rues de Belfort afin de protester contre le plan social du groupe américain General Electric dévoilé au lendemain des élections européennes et prévoyant la disparition de plus de 1 000 emplois sur les 4 300 de la branche « turbines » rachetée à Alstom en 2015. Quelques mois plus tôt, à Blanquefort, les espoirs des 850 salariés girondins du groupe Ford avaient été douchés lors de l’annonce de la validation par la Direccte (2) d’un plan de sauvegarde de l’emploi scellant, de fait, la fermeture de l’usine.
Pris parmi d’autres, ces exemples illustrent qu’au terme d’un long processus de désindustrialisation ayant entraîné la perte de plusieurs millions d’emplois, une diminution relative du PIB, un déficit abyssal de la balance commerciale, c’est l’industrie française tout entière qui est en voie de marginalisation.

Qu’en est-il dans l’Est de la France ?
« Bons élèves » d’une classe de « cancres », l’Alsace et la Franche-Comté se maintiennent avec les Pays de Loire, parmi les régions françaises les plus industrialisées même si dans le cas alsacien, rien que depuis le début des années 2000, pas moins de 40 555 emplois ont disparu. De fait, si le processus de désindustrialisation qui commence dans les années 1970 a eu autant de répercussions c’est qu’il a frappé de plein fouet un capitalisme familial alsacien en voie de fragilisation depuis l’entre-deux-guerres et des secteurs traditionnels dépérissant depuis les années 1950 – tout particulièrement dans le Haut-Rhin marqué par la disparition progressive du textile et de la grosse construction mécanique.

Précisément quels sont les objectifs de votre projet de recherche ?
Notre projet a pour ambition de documenter, de comprendre et d’expliquer l’envers des Trente Glorieuses sur le plan industriel à partir d’un territoire spécifique, celui du Haut-Rhin, des années 1930 au milieu des années 1980. Afin de dépasser le caractère purement descriptif et de rendre compte d’un jeu complexe, l’analyse du cas spécifique alsacien et sa mise en perspective avec le territoire franc-comtois se concentrera sur quatre aspects fondamentaux : l’évolution des liens entre les familles et les entreprises ; la perception des marchés, tout particulièrement dans les secteurs du textile, des constructions mécaniques et de l’agroalimentaire ; les stratégies d’adaptation élaborées en Alsace comme en Franche-Comté, tant du côté des entreprises que de celui d’autres acteurs locaux (Chambres de commerce, élus, Comités d’aménagement etc.) et, enfin, les résultats à travers un état des lieux au milieu des années 1980.
Au final, l’Alsace nous servira de prisme pour étudier un enjeu contemporain fort, la désindustrialisation, à travers ses racines, ses logiques et ses conséquences.

(1) Centre de recherche sur les économies, les sociétés, les arts et les techniques
(2) Direction régionale des entreprises, de la concurrence, du travail et de l’emploi

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