Au fondement de l’art lyrique

actu20190528 operafLully, Campra, Rameau, Dauvergne, Gluck… Toute la vie de l’Opéra de Paris sous l’Ancien Régime, œuvres, compositeurs, des interprètes les plus célèbres à l’ouvreuse de loges en passant par les décorateurs, machinistes et bien sûr les querelles esthétiques… 120 ans restitués en quatre volumes et près de 4 000 pages. C’est la prouesse du Dictionnaire de l’Opéra de Paris sous l’Ancien Régime, dont les deux premiers tomes paraissent en juin 2019 aux éditions Garnier classiques, sous la direction de Sylvie Bouissou, Pascal Denécheau et France Marchal-Ninosque (1). L’ouvrage – dont la sortie coïncide avec le 350e anniversaire de l’Opéra de Paris – est exceptionnel par son exhaustivité. Il est le fruit d’une collaboration de huit années entre l’Institut de recherche en musicologie (IREMUS) et la MSHE Ledoux (2), auquel ont contribué cinquante-sept chercheurs français et étrangers (3).
L’ambition de Sylvie Bouissou, Pascal Denécheau et France Marchal-Ninosque est de rendre compte de l’institution « Opéra de Paris » dans son ensemble : répertoire, personnels, fonctionnement administratif, durant toute la période de l’Ancien Régime. Fondée en 1669, ce qui devient vite l’Académie royale de Musique (ARM) comprend une troupe de chanteurs qui lui est attachée, le premier orchestre professionnel de France et un corps de ballet. En 120 ans, cela représente plus de 4 000 interprètes, musiciens, auteurs, personnels administratifs et près de 1 000 œuvres créées ou reprises. Tous ont une entrée dans le Dictionnaire. Pour chaque personne sont mentionnés son identité, sa carrière à l’ARM, sa carrière hors ARM, ses rémunérations qui augmentent avec leur ancienneté dans l’institution, ses dates de naissance et de mort quand trace était laissée dans les archives… Pour chaque œuvre sont précisés la date, son statut (création ou reprise), son genre, la distribution originelle, un synopsis de l’œuvre, son analyse et un commentaire de sa réception, rédigés par un spécialiste. Pour rassembler les informations et reconstituer celles manquantes, les directeurs de publication ont puisé dans de nombreuses archives. Ils ont conduit un colossal travail d’investigation, de dépouillement, de recoupements des sources, en commençant par les livrets des œuvres. Les 841 livrets de création ou de reprise, dans leur édition originale (4), ont été numérisés ; pour la première fois, le répertoire de l’Opéra de Paris, murs et hors murs (y compris les spectacles en fragments), a été recensé de manière exhaustive sur la période. À partir de là, les trois chercheurs ont créé un répertoire des œuvres, dressé les listes des personnages, de leurs interprètes, des scénographes… et ont ouvert une fiche d’information pour chacun d’eux, complétée ensuite par d’autres sources. Dans les livrets par exemple, les prénoms ne sont jamais cités et les noms peuvent connaître des variantes orthographiques. Pour retrouver les identités complètes et rassembler tous les renseignements biographiques, les directeurs de la publication ont dû rechercher la moindre allusion dans les périodiques de l’époque, et bien sûr dans les archives : fichiers de l’état civil reconstitué de Paris, sites de généalogie, et surtout les archives de l’Opéra et les registres de la Capitation.
Sylvie Bouissou, Pascal Denécheau et France Marchal-Ninosque mettent ainsi au jour le fonctionnement ordinaire de l’institution et son évolution tout au long de l’Ancien Régime : Le Dictionnaire est agrémenté de nombreuses notions sur la vie institutionnelle, son fonctionnement administratif, celui de ses écoles de formation… Ce qui lui donne un caractère encyclopédique : « La forme du dictionnaire s’est imposée d’elle-même ! explique France Marchal-Ninosque. C’est la seule possible pour atteindre l’exhaustivité et livrer au lecteur la masse de connaissances que nous avons rassemblée. » Le Dictionnaire s’ouvre sur la notion « À la salle de l’Opéra » et se termine par l’œuvre de Rameau Zoroastre. Tout au long des quatre volumes, se dessine la fabrique de l’art lyrique, le déclin de certaines formes au profit d’autres ou la naissance du ballet et de la pantomime comme narration…
L’ouvrage sera présenté par Sylvie Bouissou, Pascal Denécheau et France Marchal-Ninosque à l’Opéra Bastille le 27 juin 2019 à l’occasion de la « Third Transnational Opera Studies Conference ». La prochaine étape pour les directeurs de la publication sera de mettre en ligne à disposition de la communauté des chercheurs et du public le répertoire des œuvres qu’ils ont constitué, le répertoire des interprètes, celui des musiciens, et celui des auteurs ; est envisagée aussi la possibilité, après convention avec les bibliothèques, de mettre en ligne celui les livrets numérisés. Une partie d’entre eux, la première génération des livrets de la tragédie en musique (1673-1732), est d’ores et déjà accessible via le site FANUM (Fonds d’Archives NUMérique) développé par le laboratoire ELLIADD et la MSHE Ledoux, éditée par Margareta Kastberg Sjöblom et Sébastien Jacquot.


(1) Sylvie Bouissou est directrice de recherche CNRS, à l’Institut de recherche en musicologie, directrice des Opera omnia de J.-Ph. Rameau. Pascal Denécheau est ingénieur d’études au ministère de la Culture et de la Communication, spécialiste de l’histoire de l’ARM et de la période J.-B. Lully. France Marchal-Ninosque est professeure en littérature française du XVIIIe siècle, au laboratoire ELLIADD (Édition, langages, littératures, informatique, arts, didactique, discours) de l’UFC, spécialiste notamment des poétiques dramatiques. Les deux derniers tomes sortiront début 2020.
(2) L’action LOPERAF conduite sous la responsabilité scientifique de France Marchal-Ninosque est inscrite dans le pôle 4 « Archive, bases, corpus » de la MSHE.
(3) Les 54 collaborateurs sont surtout des musicologues américains, anglais, français et italiens.
(4) Ils sont conservés principalement à la Bibliothèque nationale de France, à la Bibliothèque-musée de l’Opéra (BMO) ou à l’Arsenal.

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