Retour sur les conférences d’Éric Ruthruff autour du contrôle cognitif

actu20190326 Retour ERuthruffEric Ruthruff a été chercheur à la NASA (1) dans le laboratoire Cognition et action pendant plus de dix ans. Aujourd’hui, il enseigne à l’université du Nouveau-Mexique aux États-Unis, dans la ville d’Albuquerque. Grâce à un financement de professeur invité de l’UFC, il a effectué un premier séjour à la MSHE Ledoux en mars 2019 et sera de retour en juin. Durant son séjour, il a travaillé sur le projet FOCAL – focalisation et allocation de l’attention dans un monde de distractions (2) – en collaboration avec Mahé Arexis, ingénieur de recherche et docteur en psychologie cognitive, Morgan Lyphout-Spitz, étudiante en deuxième année de master, et François Maquestiaux, porteur du projet. Ce premier séjour a également été l’occasion de donner un cours magistral aux étudiants de licence de psychologie (3) ainsi que deux conférences à la MSHE Ledoux.

La première conférence, qui a eu lieu le 6 mars 2019, était intitulée « Pourquoi la plupart des choses que nous savons sur la capture de l’attention sont fausses ». La capture de l’attention ou capture attentionnelle désigne le fait que, lors de l’exécution d’une tâche, notre attention est involontairement attirée par des stimuli visuels ou auditifs. Eric Ruthruff a rappelé que cette distraction peut être positive, comme dans le cas d’une alarme, mais qu’elle est plus souvent négative, par exemple lorsqu’une publicité sur le bord de la route attire l’attention du conducteur. Ces phénomènes sont étudiés en laboratoire via des expériences reproduites de nombreuses fois : le sujet exécute une tâche (par exemple repérer un objet, une lettre, une forme… qui apparaît par intermittence sur un écran) et pendant cet exercice, un distracteur sonore ou visuel vient perturber son attention. La capture attentionnelle est mesurée par le temps nécessaire au repérage de la cible. Pendant longtemps le débat scientifique a porté sur « capture exogène versus capture endogène », c’est-à-dire dans quelle mesure les caractéristiques du distracteur déterminent la capture de l’attention. Les travaux tendaient à montrer qu’un distracteur en rapport avec la cible est davantage source d’une capture attentionnelle : l’attention d’une personne à la recherche d’un objet rouge sera plus facilement attirée par un distracteur de la même couleur. Mais selon Eric Ruthruff cette approche est aujourd’hui dépassée et les recherches se centrent sur les caractéristiques de la tâche à exécuter. Avec un collègue, Nicholas Gaspelin, Eric Ruthruff a mené des expériences visant à tester différents types de cibles. Les chercheurs observent ainsi que l’attention est plus facilement capturée lorsque la cible est une couleur, comparativement à une lettre ou une forme. Autrement dit, la difficulté de la tâche affecte la capture attentionnelle. Et selon Eric Ruthruff, dans le phénomène de capture attentionnelle, cette tâche est au moins aussi critique que les caractéristiques du distracteur.

actu20190326 Retour ERuthruff2Lors de la seconde conférence du 13 mars 2019, Eric Rutruff a poursuivi la présentation de ses travaux sur le contrôle cognitif cette fois sous l’effet du vieillissement. Intitulée « Vieillissement et automaticité », la conférence a porté sur la capacité des séniors à acquérir de nouveaux automatismes. Par automatisme, le chercheur évoque les actions qui ne nécessitent pas un traitement volontaire et réfléchi pour un adulte, comme la lecture ou faire du vélo. Afin d’analyser l’automaticité, les psychologues utilisent le paradigme PRP (pour « période réfractaire psychologique ») qui permet l’étude des doubles tâches. Les expériences montrent que, quel que soit l’âge, effectuer un traitement sur deux tâches en même temps est impossible, par exemple identifier un son et une lettre qui apparaissent quasi-simultanément. Cette impossibilité est caractéristique de ce que les cognitivistes appellent la « limitation centrale du traitement de l’information ». Cependant, à mesure que l’exercice est répété, les performances peuvent s’améliorer et des automatismes naître… du moins chez certains sujets. Car les expériences menées auprès de personnes jeunes et de personnes âgées montrent des performances nettement différentes. Selon Eric Ruthruff, les séniors ne sont pas en capacité d’acquérir de nouveaux automatismes. Pour autant, les automatismes anciens sont préservés. Par exemple l’accès au lexique lors de test de lecture reste intact chez les sujets âgés, voire s’améliore avec l’âge corrélativement à l’expérience acquise.

De façon plus générale, les interventions d’Eric Ruthruff ont mis en lumière le caractère non définitif des connaissances scientifiques et à quel point le sens du questionnement s’avère fructueux dans le domaine de la recherche

(1) National Aeronautics and Space Administration
(2) L’action, financée par la Région Bourgogne-Franche-Comté, est inscrite dans le pôle 5 « Comportements, risques, santé » de la MSHE Ledoux
(3) Il s’agissait des étudiants de troisième année, dans une UE de neuropsychologie supervisée par Laurence Picard maître de conférences

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