Maxime Kaci accueilli en délégation CNRS à la MSHE

actu20180918 MKaciMaxime Kaci, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Bourgogne-Franche-Comté, est accueilli à la MSHE Ledoux en délégation CNRS depuis le 1er septembre 2018. Pendant un an, il pourra se consacrer aux travaux de recherche qu’il a engagés à la MSHE avec l’action « Frontière – les changements de nature des délimitations territoriales et leurs effets sur l’organisation des sociétés en Europe (XIV-XXIe siècle) ». Spécialiste de la Révolution française et de l’Empire, périodes qui voient les frontières se redessiner en Europe, Maxime Kaci saisit l’intérêt d’une approche interdisciplinaire de la thématique lors de son parcours doctoral à Lille. Depuis, il n’a de cesse de faire dialoguer les disciplines – géographie, histoire, sociologie, sciences politiques… – pour mieux appréhender ce qui se joue aux frontières, les évolutions qu’elles connaissent et les effets qu’elles induisent. En effet, Maxime Kaci s’intéresse particulièrement aux transformations des délimitations territoriales et à leurs effets sur les sociétés, les populations transfrontalières, leurs comportements, leurs sentiments d’appartenance…
Avec un groupe de chercheurs (1) qu’il a réuni, ils se sont attachés à comparer deux frontières particulières, du XIVe siècle à aujourd’hui : celle entre la Franche-Comté et la Bourgogne et celle entre la Suisse et la France. Ces deux délimitations, proches sur le plan géographique, ont connu des mutations opposées.
D’un côté, la frontière entre le Duché de Bourgogne et la Comté s’est progressivement effacée à partir du XVIIe siècle et le rattachement de la Franche-Comté à la France. Ce faisant les conflits armés qui existaient jusque-là ont progressivement disparu, même si des tensions ont pu subsister – tensions politiques et identitaires qui ont d’ailleurs resurgi au moment de la fusion des régions en 2016. A l’inverse, lorsque la frontière entre la France et la Suisse s’affirme après la Révolution française, les points de conflits se déplacent vers cette nouvelle délimitation émergente.
Pour autant, il serait caricatural de dire que des frontières internationales ne sont que risques. Elles représentent aussi des opportunités. Entre la France et la Suisse, les différences actuelles de salaires et de niveau de vie par exemple constituent un risque, qui s’est exprimé lors des votations suisses de 2014 sur les travailleurs étrangers. En même temps, l’espace transfrontalier constitue aussi un ensemble d’échanges dont tirent profit les populations, en travaillant et/ou consommant de l’autre côté de la frontière.
Autre différence entre les deux frontières : l’intérêt dont elles sont l’objet. L’affaiblissement de la frontière entre la Franche-Comté et la Bourgogne, devenue intérieure à la France, a eu un « effet d’ombre » sur cette délimitation, entraînant un intérêt moindre de la part des populations, des acteurs institutionnels et des chercheurs. La frontière franco-suisse suscite, elle, des coopérations institutionnelles, par exemple avec la Conférence transjurassienne, les travaux de l’Observatoire statistique transfrontalier de l’arc jurassien (OSAJ).
En somme, selon les chercheurs, « l’intensité de l’effet frontière » varie avec la nature des délimitations : les frontières internationales créent un différentiel territorial plus marqué que les délimitations régionales, ce qui se traduit par un « effet frontière » lui aussi plus marqué, tant en terme de risques que d’opportunités.
Cependant, dans les deux cas de figure, pour les frontières entre la Franche-Comté et la Bourgogne et entre la France et la Suisse, les chercheurs observent des difficultés pour les populations à faire valoir des projets territoriaux qui dépassent les frontières. Une multitude de projets portés par des acteurs locaux témoignent de la conscience qu’ont les populations transfrontalières de partager un territoire commun. Néanmoins, des freins institutionnels les empêchent de développer des collaborations d’envergure et durables.
Ces résultats de recherche vont faire l’objet de deux publications à paraitre en 2019 dans les Cahiers de la MSHE et les Annales de Bourgogne (2). L’ambition de la délégation CNRS dont bénéficie Maxime Kaci est de les prolonger et de confronter les hypothèses élaborées jusque-là à d’autres situations frontalières en Europe, notamment des États fédéraux ou des États caractérisés par une forte diversité linguistique ou religieuse. Le 13 septembre 2018 Maxime Kaci a organisé une journée d’étude (3) à la MSHE Ledoux, invitant des chercheurs étrangers susceptibles d’apporter leur contribution à ce projet plus large, d’envergure européenne.

(1) 21 chercheurs, géographes, historiens, sociologues, politistes, des universités de Dijon, Neuchâtel et de Franche-Comté.
(2) B. Castets Fontaine, M. Kaci, J. Loiseau et A. Moine (dir.) Deux frontières aux destins croisés ? Étude interdisciplinaire et comparative des délimitations territoriales entre la France et la Suisse, entre la Bourgogne et la Franche-Comté (XIVe siècle-XXIe siècle), Besançon, PUFC, Cahiers de la MSHE.
Dossier spécial « Des délimitations immatérielles ? Représentations collectives, démarcations symboliques et dynamiques territoriales du XIVe au XXIe siècle (Bourgogne Franche-Comté, France Suisse) » Annales de Bourgogne.
(3) « Les changements de nature des délimitations territoriales et leurs effets sur l’organisation des sociétés en Europe (XIVe – XXIe siècle) ». La journée a reçu le soutien de la Fédération des MSH de Bourgogne et de Franche-Comté (avec le projet BORDeur, Bilan et Objectifs et de Recherche sur les Délimitations en Europe) et de la Communauté du Savoir. Elle a été organisée par la MSHE Ledoux en partenariat avec l’université de Neuchâtel.


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