Pôle 3 : Socialismes, Théories et Pratiques

Responsable : Hervé TOUBOUL

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Action associant des philosophes, des historiens et des sociologues, étudiant le socialisme non marxiste, notamment franc-comtois.
L'étude doit donc porter sur deux domaines : celui de la coopération dans les fruitières comtoises, dont on étudiera les formes sociales, et celui de l'édition critique de textes : ceux d'auteurs connus et reconnus : Considérant, Fourier, Proudhon (textes inédits), ceux d'auteurs moins connus : Buchon, Chaudey, Gagneur, ainsi que le texte, décisif pour l'histoire du féminisme, de Jenny d'Héricourt, La femme affranchie qui est une réponse à De La pornocratie de Proudhon. Elle vise 3 objets : 1° l'histoire de la Franche-Comté, peut-on trouver des raisons historiques et géographiques à l'émergence de ces formes du socialisme en ce lieu ? 2° l'histoire du féminisme, quel sens donner à la position philosophique de Proudhon, qui refuse le féminisme à la fin du XIXe siècle ? 3° le socialisme aujourd'hui, le questionnement d'un passé peut-il donner une actualité à ce qui a sombré dans l'expérience soviétique ?

Cette action est menée avec Edward Castleton, chercheur de la Maison des Sciences de Homme et de l'Environnement.

Objectifs de l'action :
Si l'histoire du socialisme français est toujours en friche, du point de vue de cette histoire ainsi que de celui de l'ajustement de ses formes d'adaptation et de résistance aux évolutions actuelles de l'économie dominante, la Franche-Comté semble dotée d'une forme de mémoire vivace - d'une sorte de tradition d'« innovation » - dont nous souhaitons entreprendre l'étude systématique.
Des coopératives fromagères au XII° siècle à la création d'une banque solidaire par la mairie de Besançon au début du XXI° siècle, en passant par les réflexions théoriques des socialistes célèbres du XIXe siècle issus de la Franche-Comté comme P. J. Proudhon et Charles Fourier et ses disciples, on peut noter, au fil de l'histoire, l'émergence et le renforcement d'un ensemble de dispositions inscrites aussi bien dans différentes institutions que dans des théories, des coutumes ou des récits. Ces dispositions s'expriment à travers des manières spécifiques de coopérer dans la production, des habitudes locales de mutualisation des ressources, des formes inédites d'organisation de la répartition des gains. Bref, il s'agit d'activités sociales de production d'une sociabilité spécifique que nous proposons d'envisager à la manière d'un « phénomène social total » possédant des dimensions esthétiques autant que politiques, économiques et juridiques...
On sait qu'au fil du temps, ces dispositions à l'action collective et à la réflexion (pour ne pas dire ces « capacités politiques ») se sont transmises à différents groupes sociaux (par exemple des éleveurs aux vignerons ou des artisans aux syndicalistes de l'industrie) et se sont transférées à différents champs d'activités (agriculture, politique sociale, crédit bancaire, etc.). Ces formes de diffusions pratiques se sont accompagnées d'un travail intense de théorisation qui, des premiers textes de Charles Fourier aux réflexions de René Lourau, a tenté de mieux comprendre et de faire connaître des alternatives aux formes dominantes de l'économie et de la socialisation. Une étude comparative sur le développement de l'économie sociale et solidaire en Alsace et en Franche-Comté pour le Ministère de l'Economie et des Finances ainsi qu'une comparaison des politiques sociales à Mulhouse et à Besançon pour la Mission Interministérielle à la Recherche et à l'Innovation nous a montré que les porteurs de projets innovants pouvaient s'appuyer sur cette tradition afin de recruter des partenaires et des soutiens en Franche-Comté et à Besançon alors qu'ils devaient s'engager dans un difficile parcours de négociation aux résultats incertains à Mulhouse et en Alsace.
Partant de là nous pourrions tenter de mieux comprendre les modes d'apprentissage et de socialisation permettant la pérennisation et la diffusion de cette mémoire. A cet égard, on peut penser que la capacité d'innovation du socialisme comtois est liée à la mémorisation d'expérimentations concrètes (les fruitières, l'affaire Lip, etc.), non sans rapport avec de réflexions théoriques (Fourier, Considerant, Proudhon et d'autres socialistes encore). Extraire les principes qui sous-tendent les expérimentations au moyen d'une approche socio-anthropologique, replacer les textes dans leurs contextes grâce à une édition scientifique ; cette double démarche devrait nous permettre de comprendre la pérennisation et la diffusion de ce mode de socialisation particulier.
Ces expériences n'ont pas été sans être thématisées par des penseurs dont les théories ont pu être à la fois la reprise des pratiques déjà faites et l'anticipation de pratiques à venir. Proudhon lui-même, le plus illustre des penseurs comtois que l'on peut ranger sous la bannière du socialisme, n'a sûrement pas été complètement indépendant de ces diverses pratiques qui ont pu devenir une forme « d'esprit ». D'autres moins connus ont néanmoins eu une importance sur le développement d'un socialisme non marxiste, mais pouvant peut-être s'accorder avec ce socialisme marxiste sur certains points.

Il s'agit donc ici de faire l'histoire des pratiques et des théories qui sans doute, s'accordent parfois, et souvent sans doute aussi diffèrent. Comment s'inscrivent-elles et qu'inscrivent-elles ? rencontrent-elles des actes et des idées dans d'autres socialismes ? Il ne s'agit pas d'affirmer que ces courants pourraient trouver leur vérité pratique aujourd'hui, mais de saisir ce qu'elles ont influencé, et de voir si elles ne pourraient pas servir de ferment à des pratiques de solidarité pour aujourd'hui, éclairant les conditions dans lesquelles elles peuvent réellement fonctionner, montrant aussi en quoi elles peuvent être « utopiques », ce qui leur donne alors une valeur qui n'est plus, à côté de ce qui en elle peut toucher la réalité, et la chose n'est pas négligeable, que critique.

Durée de l'action : 2010-2015

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